Dossier pédagogique de La Reine Margot

Pourquoi La Reine Margot au théâtre ?

Le roman d’Alexandre Dumas commence le 18 août 1572, jour des fêtes données en l’honneur du mariage de Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX, avec Henri de Navarre, chef, avec Coligny, du parti des Huguenots. Ce mariage, décidé afin de sceller la réconciliation entre les catholiques et les protestants, a été l’occasion de la venue à Paris de nombreux gentilshommes protestants qui ont envahi Paris. 6 jours plus tard, c’est le massacre de la Saint-Barthélemy, dans la journée du 24 août 1572.

1) Le refus des représailles :

ce thème était déjà à l’origine du choix d’Hamlet, l’an dernier.
_ Le roman de Dumas met en évidence l’hypocrisie et les haines qui règnent au sein de la cour de Charles
IX : Henri de Guise, chef du parti catholique, considère Coligny, favori de Charles IX qui l’appelle « mon père », comme le responsable direct du meurtre de son père. Henri de Navarre sait que sa mère, Jeanne d’Albret, a été empoisonnée par René le Florentin sur ordre de Catherine de Médicis. Or, Henri de Navarre prend l’engagement de ne poursuivre aucune vengeance contre les assassins de sa mère s’il parvient au trône : « Si j’étais à leur place et que je fusse sûr d’être roi, c’est à dire de représenter Dieu sur terre, je pardonnerais ». (p.279) Cet engagement lui sauve la vie ainsi que celle de sa maîtresse , Mme de Sauve , à qui René le Florentin arrache alors un « opiat » empoisonné qu’elle s’apprêtait à poser sur ses lèvres.
Henri de Navarre, futur Henri IV, est le personnage central autour duquel s’organisera la réflexion : roi bafoué, prisonnier menacé de mort par la haine de Catherine de Médicis, contraint à assister impuissant à l’assassinat de ses amis protestants, à accompagner la cour à Montfaucon au pied du gibet où pend le cadavre monstrueusement mutilé de son ami Coligny ( « Au gibet principal pendait une masse informe, un cadavre noir, souillé de sang coagulé…Au cadavre il manquait une tête. Aussi l’avait-on pendu par les pieds… » (p. 215), Henri de Navarre sauve néanmoins la vie menacée de Charles IX.
La fin du roman montrera le clan catholique affaibli par la mort suspecte de Charles IX tandis que le roi de Navarre parvient à prendre la fuite pour rallier le clan protestant. La politique d’Henri de Navarre et son refus des représailles ont donc payé.

_ A l’inverse, après les massacres de la Saint-Barthélemy, la famille régnante s’entre-déchire dans une guerre sans merci pour le pouvoir : Le duc d’Alençon tente de provoquer la mort de son frère au cours d’une chasse, le Duc d’Anjou à qui on a proposé le trône de Pologne, ne voit dans cet honneur qu’un prétexte saisi par Charles IX pour l’éloigner du trône. En observant la famille royale, on ne peut que penser à une autre famille célèbre, celle des Atrides (p. 440) et la violence des rapports entre les fils de Catherine de Médicis, n’a d’égal que celle de l’indifférence cruelle de la reine mère pour Charles à qui elle préfère ostensiblement le duc d’Anjou : « Pauvre enfant ! Ton frère veut te tuer. Eh bien, sois tranquille, ta mère te défendra. » (p.450).
En voulant préserver le trône pour ses fils, Catherine de Médicis tend un piège mortel à Henri de Navarre ; mais c’est son propre fils, le roi Charles IX qu’elle empoisonne par erreur.

Le roman de La Reine Margot met donc tout particulièrement en évidence les conséquences de la poursuite du cycle de la vengeance et du sang.

2) La dénonciation du fanatisme religieux :

_ Le 22 août 1572, un coup de feu était tiré contre Coligny, chef du parti protestant ; les chefs protestants, réunis à Paris pour les fêtes du mariage, ne manqueront pas de venger leur chef : la décision est alors prise de les massacrer. Mais le massacre s’étend à tous les protestants de Paris et même aux victimes catholiques despillages dans la journée du 24 août et se poursuivra dans la France entière pendant plus de deux mois.Le massacre des protestants trouve son origine bien au-delà des fanatismes religieux : il s’agit avant tout desauver le pouvoir royal et d’éviter que l’enquête sur l’attentat de Coligny ne remonte jusqu’à Catherine de Médicis…

_ Le Duc de Guise qui poursuit Coligny de sa haine, est aussi en rivalité politique avec celui qui apparaît comme le principal conseiller de Charles IX. Coligny risque d’obtenir du roi la permission d’intervenir dans la révolte des Flandres et donc d’entrer en guerre avec l’Espagne très catholique, principale puissance d’Europe et rivale de la France. Il s’agit donc aussi d’éliminer définitivement le parti protestant qui semblait, avec Coligny et surtout avec le mariage de Marguerite et d’Henri de Navarre, prendre trop d’influence sur la conduite du royaume.
_ Les parisiens furent nombreux à prêter main forte à ce massacre qui gagna toute la ville mais ils ne le firent pas seulement par fanatisme: les fêtes données en l’honneur du mariage de Marguerite avec un prince protestant leur avaient paru terriblement luxueuses alors que la France était en période de disette ; les gentilshommes
protestants venus à Paris leur semblaient pleins d’arrogance, le duc de Guise, en tant que guerrier
courageux, bénéficiait d’une forte popularité.

Le fanatisme religieux est donc le plus souvent utilisé à des fins personnelles et politiques.

_ Le roman de Dumas met en scène deux personnages de fiction : un catholique, Coconnas, et un protestant : La Mole.
Amis dès leur première rencontre chez l’aubergiste La Hurière, ils vont s’entre-tuer au cours de la fameuse nuit. Coconnas le catholique et La Mole le protestant deviennent pourtant par la suite des amis exemplaires, au point que Coconnas refuse de s’enfuir lorsqu’il en a l’occasion et préfère mourir décapité avec son ami pour ne pas l’abandonner : belle histoire que celle de cette amitié entre deux êtres issus de camps ennemis
mais que rapprochent leur générosité et leur jeunesse.

Ce refus du fanatisme sera une des lignes de force de notre spectacle.

3) Ombres et marionnettes : du mythe à la déréalisation :

Coconnas, le catholique, tout d’abord réticent à l’idée de l’assassinat de Coligny et du massacre collectif (« Mais, tout ce monde sur pied pour aller tuer un vieil huguenot ! Mordi ! c’est honteux ! c’est une affaire d’égorgeur et non de soldats ! » : p. 101), se transforme sous les yeux du lecteur en animal assoiffé de sang : « Coconnas, ivre de sang et de bruit, arrivé à cette exaltation où, pour les gens du midi surtout, le courage se
change en folie… » (p. 130). Il en vient, pour séduire une jolie femme ( la duchesse de Nevers) à assassiner toute une famille, malgré les supplications de la mère épouvantée (p.132). Il tue ensuite le vieux père de la famille à qui il devait de l’argent mais ce n’est pas pour le voler :

« Ah ! bourreau ! hurla Mercandon, tu nous égorges pour voler les cent nobles à la rose que tu nous dois.

_ Ma foi, non, dit Coconnas, et la preuve….

En disant ces mots, Coconnas jeta aux pieds du vieillard la bourse qu’avant son départ son père lui avait donnée pour acquitter sa dette avec son créancier. » (p.135).

Cette violence meurtrière, sans véritable mobile (Coconnas paye sa dette au père de famille avant de l’assassiner) interroge le lecteur et paraît à première vue peu vraisemblable. La réflexion menée avec les élèves ( en particulier avec ceux qui participeront à l’atelier d’écriture), pourra s’appuyer sur l’actualité de 2010 : ainsi un fait divers récent raconte l’histoire de trois adolescentes qui ont torturé un vieil homme afin de lui extorquer le code de sa carte bleue ; ce qui surprend le plus, c’est qu’elles n’ont pas cessé de frapper leur victime, même après avoir obtenu le fameux code. Une policière interrogée explique cet acharnement sans mobile raisonnable :
« la victime est peu à peu dématérialisée, transformée pour ses agresseurs en objet… »
Il nous a paru intéressant de réfléchir avec nos élèves à cette folie qui gagne le tout jeune homme qu’est Coconnas confronté à la violence.

Au-delà du jeu pur de comédien, il sera donc aussi intéressant de recourir au théâtre d’ombre et surtout aux marionnettes pour suggérer la dématérialisation des victimes que les agresseurs, pris dans l’engrenage de la folie meurtrière, transforment mentalement en objet.

La Reine Margot fera donc appel à toutes les formes de spectacle vivant.