2011 La Bonne Ame du Se-Tchouan

De Bertolt Brecht
Les PHOTOS
Les Dieux, ils sont trois dans la pièce de Brecht, ne supportent plus les plaintes des hommes. Ils décident de descendre sur terre et d’y chercher des justes. « Le monde peut rester tel qu’il est, s’il se trouve assez de bonnes âmes pour vivre une existence digne de l’être humain » se disent-ils. Après quoi ils comptent bien pouvoir s’en retourner tranquillement dans les hauteurs. Ils arrivent dans la capitale du Se-Tchouan, ville à moitié européanisée où règnent la pauvreté, et l’exploitation de l’homme par l’homme. Ils cherchent une bonne âme pour les loger. La seule qui accepte est Shen Té, la prostituée. Pour la récompenser, les dieux lui donnent de quoi tenir un commerce de tabac. « Je suis riche, je vais enfin pouvoir faire tout le bien que je veux » se dit Shen Té. Tout se complique quand tous les miséreux de la ville frappent à sa porte pour exiger le gîte et le couvert.
La bonté est-elle possible dans ce monde ? Peut-on être bon et vivre dans le monde tel qu’il est ? Le monde peut-il demeurer en l’état ? Brecht, l’exilé le plus haï d’Hitler dans les années 30, ne donne pas de réponse mais invite le spectateur à s’interroger, et ces questions demeurent encore d’actualité.
Les ateliers lycéens avec l’aide de la communauté des communes de l’Arpajonnais et des communes de La Norvillle, d’Arpajon et de saint Germain lès Arpajon proposent de l’oeuvre de Brecht une adaptation qui intègre le jeu d’acteur, le chant et la marionnette comme autant d’angles d’approche du théâtre de Brecht : « lorsque tu montres que « c’est ainsi », montre-le de telle façon que le spectateur demande : est-ce vraiment ainsi ? »
Le travail s’est construit sur la base d’ateliers de formation (régie, chant, marionnettes…)
Il donnera lieu à 10 représentations dans la salle de théâtre du lycée Cassin du 26 mai au 4 juin.
L’équipe d’encadrement :
 Les partenaires artistiques
- La Compagnie DARU
- Le Théâtre de la Mezzanine
 Les professeurs
- Josiane Bletzacker
- Yves Bletzacker
- Sabine Goyat
- Béatrice Beltrando (pour la réalisation de la marionnette du fils de l’aviateur)
 Vidéo : Xavier Jeudon, cinéaste
 Régie : Dominique BILLAUDAZ, régisseur  -  http://www.photofola.fr
Bertolt Brecht
« Vous n’avez pas à vous montrer vous-mêmes, mais le monde » écrit Brecht dans un poème qu’il adresse aux acteurs. Né en 1898 dans une famille de la bourgeoisie protestante d’Augsburg, Brecht commence des études de lettres puis de médecine avant d’être mobilisé en 1918 dans un hôpital. Il compose des chants de révolte pour les blessés qu’il soigne. Il se produit ensuite dans des cabarets d’avant-garde. En 1928, il connaît le succès grâce à l’Opéra de quat’sous adapté de L’Opéra des gueux de John Gay (1728). Les mélodies de Kurt Weill sont sur toutes les lèvres. Ses convictions marxistes et anti-nazies le conduisent à l’exil en 1933. Après le Danemark et la Finlande, il rejoint les Etats-Unis. Il écrit la Bonne Âme du Se-Tchouan en 1938-39. La pièce sera jouée en 1943 à Zurich. En 1949, Brecht fonde en DDR le Berliner Ensemble. Il meurt en 1956.
La Bonne Âme du Se-Tchouan
Dans cette oeuvre Brecht reprend un problème qu’il avait posé dès ses premières oeuvres : jusqu’où va la liberté de l’homme ? Il choisit un cas-limite, celui d’une misère extrême. Dans la capitale du Se-Tchouan, la famine est si grande que l’homme en est réduit au suicide ou au meurtre. La bonté est-elle encore possible dans un tel monde ? Il semble que oui puisque les Dieux y rencontrent Shen Te, la prostituée pour laquelle l’argent est un instrument de libération. Posséder n’est-ce pas le moyen de donner, de se donner ? Oui, mais le réel exige des comptes plus précis. Ce tabac que Shen Te a reçu des dieux, à qui l’ont-ils pris ? A une pauvre veuve, à ses nombreux enfants. Ce capital de bonté est donc empoisonné et insuffisant car les miséreux s’abattent sur Shen Te comme une nuées de mouches. « Eh oui ! On est devenu de plus en plus nombreux. Plus ça allait mal, plus on était nombreux. Plus on était nombreux, plus ça allait mal. Bon maintenant, on va boucler la porte à double tour, sinon c’est sans fin » déclare l’ancienne logeuse de Shen Té qui vient d’envahir sa boutique avec sa nombreuse famille. Pour aider les autres, Shen Te devrait, en somme, se détruire elle-même. Il lui faut donc se durcir, s’inventer un cousin Sui Ta, homme dur, calculateur, qu’elle chargera de la défendre contre sa propre bonté. Mais qu’elle revête le masque de Sui Ta et la voilà, livrant à la police ceux à qui elle vient d’ouvrir sa porte. La richesse, dans ce système donne-t-elle la liberté ? Shen Te rencontre Sun, l’aviateur sans emploi, elle achète de l’eau au porteur d’eau alors qu’il pleut : l’amour et la gentillesse seraient-ils la promesse fragile d’un autre monde ? Rien ne peut venir en aide à l’homme si ce n’est l’homme et pourtant l’homme est un loup pour l’homme. Les interrogations soulevées par la Bonne Âme font écho aux chants de L’Opéra de quat’sous que nous avons repris : qu’il s’agisse de « l’inanité de l’effort humain » ou du deuxième final. Les trois dieux de Brecht sont dans notre adaptation tantôt de papier tantôt de chair, ils sont évanescents, dérisoires ou infiniment humains . Le débit de tabac de Sen Te est aussi instable que sa prétendue richesse : cartons à demi éventrés et caisses en bois. Les costumes évoquent un Se-Tchouan de là-bas et d’ici, d’hier et d’aujourd’hui.